Shérony Valley

11 avril 2009

SOMMAIRE

Un sommaire pour vous retrouver sur ce blog particulièrement bien ordonné, ça vous tente ?
Ok, alors en voilà un, tout beau, tout facile à se servir.


Avant-propos

1. Bienvenue à Ennuie Valley

2. La rentrée des classes

3. Le cœur en confiture

4. Jalousies entre potes

5. Malaises

6. Règlement de comptes

7. A VENIR

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12 avril 2009

Avant-propos

Bonjour et bienvenue.

Avant que vous vous perdiez dans les méandres de ce blog (il a pas l'air comme ça, mais il est grand... si, si), laissez-moi vous faire une petite présentation de... de... de quoi, au juste ? Voilà la question...

Depuis quelques temps déjà, pour ne pas dire quelques années (je suis un peu lente à la détente), Parker (c'est moi, pour ceux qui ne suivraient pas) envisage de faire une petite histoire Sim bien sympa et très éloignée de ses challenges habituels. Ouais, parce que les challenges, c'est bien, c'est cool, c'est marrant, mais c'est souvent répétitif. Faites pas cette tête, je suis sûre que vous êtes d'accord avec moi !

Or donc, votre Parker nationale et internationale (tant qu'à faire, hein) s'est enfin décidée à mettre son idée en pratique. Après deux jours passés à faire un quartier complet nommé Shénory Valley, et à le peupler de maisons, de terrains communautaires et de famille, il est temps pour elle de se lancer enfin (oui, je parle de moi à la troisième personne, et alors ?)

Voici donc venir l'histoire d'une ado tout ce qu'il y a de plus banale, Elana Reaper. Enfin, banale... ses parent sont fortunés et elle vit dans un riche manoir, quand même. Ses journées se passent comme elles se passeraient pour n'importe quel adolescent, sauf qu'Elana est taraudée par nombre de questions. La vie, c'est cool, mais quand on vit d'un millieu cossu, ça devient vite ennuyeux. Et puis il y a ces deux garçons de son âge, Martin et Lévy, qui n'habitent pas très loin et qui font tourner la tête de toute les filles... y compris celle d'Elana.

Dans son journal intime, Elana va nous faire partager son histoire, parfois simple, parfois compliquée, avec ses dilemmes, ses joies, ses peines et ses amours, et le tout avec franc-parler.

Enfin bref, une petite histoire sans prétention mais qui va sûrement m'amuser.
J'espère, au passage, que ça va vous plaire aussi.

Sur ce, Parker vous souhaite une bonne lecture et que la Force soit avec vous !

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15 avril 2009

Episode 1 - Bienvenue à Ennuie Valley

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     Mon cher journal...

     Non, franchement, je ne peux pas commencer à raconter ma vie de cette façon, c'est d'un ringard. Mais toutes mes copines le font, alors pourquoi pas moi ? Après tout, je suis comme elles... ou presque. Mais qu'est-ce que je peux mettre dans ce journal ? Ah, je sais ! Je vais déjà commencer par me présenter.

     Je m'appelle Elana Reaper (un nom prédestiné, à n'en pas douter), seize ans tout juste, un âge où on fait des découvertes, où on grandit, où on devient plus mûr... Franchement, ça peut paraître attirant comme ça, mais je peux vous affirmer que c'est ennuyeux à mourir... ennuyeux comme le bled paumé où j'habite, Shérony Valley. Quelques voisins, une école et même pas de commissariat... D'accord, y a bien un petit centre ville où tous les ados du coin se retrouvent mais c'est pas assez pour fouetter un chat, si vous voyez ce que je veux dire...


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     Avant de commencer à te raconter ma vie, Journal, il faut que je plante le décor. Comme ça, dans quelques siècles, quand des archéologues te découvriront dans les ruines du manoir, ils seront pas perdus, tu vois ? Manquerait plus que je commence un roman avant même de présenter les personnages.

     Ce petit couple toujours très amoureux, c'est mes parents, Arthur et Suzan Reaper. Toujours à se bécoter au détour d'un couloir ou à se lancer des mots d'amour. C'est pas que ça me dérange, mais il vient un moment où ça commence à devenir gênant.

     Oh, je dis pas ça par jalousie, hein ? C'est juste qu'il y en a qui ont de la chance dans ce bas-monde. Maman a trouvé son prince charmant et papa sa princesse charmante. Et Elana dans tout ça ? Bah Elana, elle commence à se demander si elle ne finira pas vieille fille...


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     S'il y a bien un truc dont je ne suis pas peu fière, c'est le boulot de mon paternel. Magnat des affaires ! Il gagne magnifiquement bien sa vie et en prime, il a son hélico privé fourni avec le pilote qui passe le chercher tous les matins. Je te raconte pas le barouf que ça fait, surtout quand on essaye de dormir après avoir passé la nuit entre copines devant la totale de Stargate en DVD !

     Ma mère, quant à elle, tout le monde la connaît. Même toi, Journal, je suis certaine. La Cuisine de Suzan, ça te dit pas quelque chose ? Eh oui, c'est bien maman qui est à la tête de cette célèbre émission culinaire qui passe sur toutes les chaînes de Simland !


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     Maintenant il faut que je te présente Trévor, la vermine de la famille. Mon petit frère... Quand il y a une bêtise à faire, il est le premier à s'y coller. Savon dans la fontaine, sauter sur le lit, dézingage des ressorts du canapé à force de trop se prendre pour un marsupilami... Bref, tu vois le genre. Sincèrement, si je pouvais trouver la prise pour le débrancher, ça me ravirait au plus haut point.

     Parfois, je regrette d'avoir tanné ma mère pour avoir un petit frère ou une petite soeur. Ma copine, Eva, n'arrête pas de me dire qu'elle se sent seule en tant que fille unique. Bah moi j'te l'dis : fille unique, finalement c'est pas si mal. On est tranquille, on a personne pour nous courir après et encore moins pour nous espionner quand on a le malheur de simplement discuter avec un garçon !

     Nostalgie de la bonne époque...


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     Avec l'énorme jardin qu'on a, on a été obligé d'engager un jardinier à demeure. Larry, qu'il s'appelle. Oui, c'est le gars en costume de paysan qui lambine depuis le lever du soleil au lieu d'aller s'occuper des plantes. Ah ça, on peut dire qu'il est payé à ne rien faire, ce nigaud ! Et puis sincèrement, je l'aime pas. Il a un regard fourbe, il est bizarre, limite flippant. L'autre fois, je l'ai surpris en train d'essayer de faire du gringue à ma mère.

     - Madame Reaper, vous êtes ravissante, aujourd'hui ! qu'il lui a dit.

     Mouais, l'a intérêt à prendre ses distances, ce coco-là...


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     Je te parlais d'Eva, tout à l'heure. Eh bien la voilà. Eva Cristen, ma meilleure amie. Toutes les deux, c'est à la vie, à la mort. Elle est un peu bizarre parfois, elle arbore un maquillage qui fait peur et sa coupe de cheveux est... comment dire... spéciale, mais c'est quelqu'un de très gentil.

     En fait, elle a changé du tout au tout depuis la mort de sa mère, Dyla Cristen. Cette dernière a été foudroyée par un orage, il y a à peine six mois de ça. Morte sur le coup, elle a pas eu le temps de ressentir les effets désagréables de l'électricité dans les cheveux ! Depuis, Eva s'est refermée sur elle-même. Elle ne veut plus voir personne, à part moi, ne cherche même plus à aller draguer les garçon comme elle le faisait d'habitude.

     Et elle ne fait plus attention à sa ligne. Régime céréale et tablettes de chocolat à tous les repas ! Un de ces quatre, elle va finir par prendre quelques rondeurs de-ci de-là.


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     Elle vit avec sa grand-mère, Naënie, depuis la mort de sa mère. La cohabitation se fait bien, même si parfois il y a quelques mots plus hauts que les autres. Parce que si la mort de Dyla a affecté Eva, c'est encore pire pour Naënie qui ne passe pas un jour sans aller pleurer sur la tombe de sa fille.

     Ah, si seulement j'avais le pouvoir de faire quelque chose. Dyla, c'était quelqu'un de bien. Toujours le sourire aux lèvres, la main généreuse. Elle manque à tout le monde, le quartier est un peu vide sans elle.


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     Avec son habillement peu conventionnel, Eva joue sa grosse costaud en public. Sa mère est morte ? Et alors ? On va pas s'arrêter de vivre pour ça... Mais quand elle est se retrouve toute seule dans sa chambre, c'est la grande inondation. Parfois, je passe la nuit chez elle, histoire qu'elle ne pense plus à son malheur pendant quelques heures. Mais je suis sûre qu'elle retombe dans les Kleenex dès que je repars.

     Mine de rien, je la comprends : ça doit pas être facile de perdre quelqu'un qu'on aime, surtout une mère. Moi, j'ai de la chance, la mienne est toujours là... sauf que ça va sûrement pas durer longtemps si le jardinier continue à lui faire de gringue !


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     Mais laissons ma copine pour le moment et éloignons-nous de chez elle. Un peu plus loin, il y a la famille Arker. Laura, la mère, est toute seule pour élever ses deux rejetons. Veuve depuis le jour de son mariage, paraît-il. Crise cardiaque de monsieur Arker en plein milieu de la lune de miel. Encore qu'ils ont eu du bol, tous les deux, parce qu'ils ont eu le temps de concevoir leurs jumeaux.

     Pour en dire un peu plus sur Laura, sachez que c'est une artiste. Elle joue du piano tellement bien qu'on en pleure de plaisir dès les premières notes. Son boulot de prof d'aérobic lui prend pas mal de temps, mais elle arrive toujours à trouver un créneau pour s'améliorer au piano. S'améliorer ! Comme si elle en avait besoin !


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     Je vous parlais des jumeaux... Eh bien, les voilà. Ok, ce ne sont pas de vrais jumeaux vu qu'ils ne se ressemblent pas, tous les deux. Celui avec le T-shirt à rayures, c'est Martin. Quant à celui qui est penché sur le billard, il s'appelle Lévy. Comme je l'ai déjà dit, ils ne se ressemblent pas physiquement, mais ça ne les empêche pas d'être beaux comme des dieux ! Surtout Lévy...

     Non, je ne suis pas en train de rougir en écrivant ces lignes ! Ces deux-là ne méritent même pas que je m'intéresse à eux. Toujours à roucouler dans les couloirs du lycée ou à enchaîner les conquêtes... de vrais bourreaux des cœurs... Surtout Lévy.

     Et puis, c'est pas non plus comme si j'étais leur genre, moi, la blondasse de service. Je ne craque même pas à chacun de leurs sourires divins (des sourires qui ne me sont pas destiné, je précise)... Surtout celui de Lévy...


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     Bon, les jumeaux sont peut-être beaux... très beaux... divinement beaux... hum... passons. Un autre gars du quartier, un rouquin solitaire qui vit dans un petit appartement juste à côté de chez les Arker : Tristan Ryan. Je connais pas grand chose de lui, si ce n'est qu'il est écrivain et qu'il est fauché comme les blés. Bah oui, on peut écrire des romans et ne pas avoir un rond, tout le monde ne s'appelle pas Stephen Sim.

     Bref, Tristan est du genre à rester discret. On ne le voit pas, on ne l'entend pas, je n'ai même jamais vu un seul de ses romans ! Papa n'arrête pas de dire à son sujet que ce gars-là est un écrivain raté, même pas capable d'aligner deux mots sur une feuille. Mouais... je demande à voir...


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     Voilà, mon cher Journal, tu connais à peu près tout le quartier. Y a pas grand monde, comme tu peux le constater. Et après, on s'étonne que je m'ennuie dans ce coin paumé. Demain, je commencerai à te raconter ma (super méga pas du tout palpitante) vie. Va y avoir tellement peu de choses à raconter que je ne saurais même pas pour où commencer.

     Bon, je te range tout de suite avant que Trévor vienne mettre son nez dans mes affaires. Tiens, je l'entends se marrer comme une baleine. Mon Dieu, pourvu qu'il n'ait pas encore savonné la fontaine !

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Episode 2 - La rentrée des classes

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     Salut Journal !

    Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes. Tu vas me dire que ça n'a vraiment rien de passionnant, mais en même temps, je t'avais prévenu. Ma vie, c'est comme le désert du Sahara : à part du sable, il n'y a rien. C'est donc sans entrain que je me rends au lycée, pour cette première journée après deux mois de vacances complètement vides.

     - Hé ! Lana ! Attends-moi, tu vas trop vite ! me crie mon petit frère.

     Trop vite, trop vite, c'est pas de ma faute si j'ai des jambes plus grandes que lui. Bien décidée à ne pas le laisser me rattraper, je lui rétorque sans me retourner :

     - T'as qu'à te décider à grandir, tu marcheras plus vite !

     - Pfff ! T'es vraiment pas marrante... J'vais l'dire à maman !

     Mais oui, bien sûr...


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      Le lycée, c'est pas vraiment ce que j'aime le plus. En revanche, retrouver les copines, ça me botte mieux. Je récupère ma place à côté de Diva Reyse, la fille du professeur. Je l'aime bien, Diva, elle a un look particulier, c'est la chouchou du prof (tu m'étonnes) mais elle est sympa.

     Ce matin, elle avait l'air plus enjouée que d'habitude. D'un menton à peine discret, elle me désigne la table derrière nous en chuchotant assez fort pour que tout le monde entende :

     - Je voudrais pas te faire peur, mais je crois que Lévy te regarde.

     Gné ? Mais où elle a vu ça ? Lévy, l'un des deux plus beaux gosses du quartier, me regarder ?

     - C'est bon, arrête de dire n'importe quoi, je grogne en retour. Au pire, il aura sûrement vu une mouche collée à mes cheveux.

     Ok, j'avoue, c'est l'explication la plus stupide que j'ai trouvé pour justifier les paroles incongrues de ma voisine de classe. Non mais vraiment, elle doit rêver... ça doit être ça, ouais.


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     - S'il vous plaît, un peu de silence !

     Cette voix-là, c'est celle de monsieur Reyse, le seul et unique professeur du lycée. Il fait tout, le pauvre : histoire, français, math, sport et même musique ! Faut dire aussi qu'il n'y a pas grand monde à Shérony Valley. En fait, le coin était beaucoup plus peuplé il y a quelques années, mais tout le monde est parti à la "grande ville", comme ils disent. Plus de travail, plus de possibilités... Franchement, je les comprends. Un de ces quatre, quand je serais enfin adulte, je prendrai mes cliques et mes claques et direction Shérony City !
    
     - S'il vous plaît, répète le prof. Non, vraiment... ce serait bien de vous taire, maintenant. Ouvrez donc vos livres à la page 37. Ce trimestre, nous allons étudier la célèbre ruée vers l'or de Shérony.


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     Le cour, je ne l'ai quasiment pas entendu, trop occupée à me demander qui était le blondinet installé à côté de Lévy, derrière moi. C'est vrai, j'étais tellement obnubilée par le fait que je pouvais réellement avoir une mouche dans les cheveux que j'ai carrément zappé sa présence. Je n'ai même pas retenu son nom, c'est pour vous dire.

     Pendant que je le regarde jouer au billard (je parle du blondinet, pas de Lévy, mauvaises langues !), j'entends le beau jumeau demander :

     - Alors, c'est toi le nouveau ? (il est perspicace, en plus...) J'espère que tu apprécies le coin. Y a pas grand chose à faire mais les gonzesses sont irrésistibles.

     Ouais, irrésistibles, sauf moi, bien sûr. Et puis, c'est quoi cette manie de s'intéresser à toutes les filles du quartier ?

     - J'aime bien le quartier, répond alors le blondinet. Mais je suis pas du genre à courir après les filles. D'après ce que j'ai vu, ça a plutôt l'air d'être ton sport favori.

     Et vlan ! Dans les dents, Lévy ! Je sens que le fils Arker va prendre le nouveau en grippe. Ça promet finalement des journées enfin intéressantes au lycée.


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     Je regarde l'heure qui trotte à ma montre, il va bientôt être temps de reprendre les cours. Je m'apprête à me lever pour commencer à me diriger vers la classe de musique lorsque Eva me lance, l'air de rien :

     - Dis donc, il est mignon le nouveau.

     - Mouais... pas mon type, je réponds en haussant les épaules.

     - J'oubliais que ton type, c'étaient les cheveux noirs, les mentons poilus et les yeux gris, rigole alors ma copine en désignant les jumeaux d'un signe pas du tout discret.

     Sans même m'en rendre compte, me voilà en train de piquer un fard en levant immédiatement la tête vers le ciel, histoire de m'enfermer innocemment dans la contemplation des oiseaux. Avec un peu de chance, elle va changer de sujet...

     - Non, franchement, réponds-moi : qu'est-ce que tu penses du nouveau ? demande-t-elle à mon grand soulagement.


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     Je baisse les yeux à contrecœur et les pose sur le blondinet. J'avoue, il n'est pas si mal fait de sa personne, mais il ne vaut pas... humph... oubliez ce que j'allais dire. En tout cas, s'il y en a une qui n'a pas perdu de temps avec lui, c'est Cassandra, la vipère du lycée et la plus jeune commère du quartier.

     - Lana, je te parle ! me fait Eva, me sortant de mes pensées. Qu'est-ce que tu penses de lui ?

     - J'en pense que cette garce de Cassandra lui a déjà mis le grappin dessus, je marmonne. C'est pas possible, il les lui faut tous, à celle-là. Je te parie qu'elle va méchamment l'aguicher, s'afficher à son bras pendant une semaine et quand elle en aura marre, elle ira s'en trouver un autre.

     - Ouais, t'as raison : aucune morale. Je plains ce pauvre garçon. On devrait peut-être le prévenir, non ?

     J'écarquille les yeux en répliquant :

     - Et manquer de déclarer la guerre avec Cassandra ? Et puis quoi encore ? Parfois, cette fille me flanque la frousse. N'oublie pas que son père n'est pas très net. Si on se met sa fille chérie à dos, il risque de nous créer des ennuis.

     Et Eva d'acquiescer tristement. Tant pis pour le blondinet ! Comme le dit souvent mon paternel : rien ne vaut l'expérience acquise dans la douleur.


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     J'ai cru que cette première journée n'en finirait jamais et c'est avec un sourire ravi que je sors enfin de l'enceinte du lycée. Je pensais raccompagner Eva chez elle, comme souvent, mais elle se tourne vers moi en disant :

     - Je dois te laisser, il faut que je passe faire quelques courses pour ma grand-mère avant de rentrer. Je te dis à demain.

     On s'enlace pour se dire au revoir, mais au moment de me relâcher, elle me souffle :

     - Canon derrière toi !

     Et avant que je puisse protester, la voilà qui s'en va avec la mine réjouie de quelqu'un qui a réussi son coup. Ok... mais quel coup ? Et... Oh, mon Dieu... Lévy...


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     - Salut Elana.

     Oh mon Dieu ! Il m'a adressé la parole ! Non, c'est pas possible. Je dois sûrement lui bloquer le passage, sinon il n'aurait jamais daigné lever un regard vers moi.

     - Euh... salut... (non, je ne suis pas toute rouge !)

     - Je voulais te dire..., commence-t-il.

     Je ne lui laisse même pas le temps de terminer, je lance, limite hystérique :

     - Alors c'est vrai ? J'ai une mouche dans les cheveux ?!

     - Hein ? Non... enfin... je crois pas, répond-il en me considérant bizarrement (et y a de quoi). Je voulais te parler du devoir d'histoire qu'on doit rendre pour demain. En fait... T'es plutôt douée dans cette matière alors je me suis dit que tu pourrais faire le devoir à ma place.

     Oh, mon Dieu... Quel sourire ! Non ! Je dois résister ! Pour qui il me prend, celui-là ? S'il croit que je vais faire ses devoirs pendant qu'il part à la chasse aux filles, il se met le doigt dans l'oeil... qu'il a si beau, d'ailleurs.

     - Désolée mais... hum... j'ai pas... pas du tout écouté le cour et... (mais arrête de bafouiller, imbécile !).

     - Ah... ok, bon... c'est pas grave alors. Ciao !

     Et le voilà qui s'en va, complètement indifférent.


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      Faire le devoir d'histoire à sa place, non mais je crois rêver ! D'autant plus qu'il est coton, le devoir en question. Surtout quand on a les idées toutes chamboulées, comme moi. Quand je pense qu'il m'a adressé la parole en croyant que j'allais bosser à sa place ! Ah, mais il ne suffit d'un sourire divin et d'un regard de feu pour me faire craquer, non, non, non.

     Et puis, c'est vraiment pas comme s'il m'intéressait, ce type-là. Franchement, des mecs coureurs de jupons comme les frères Arker, c'est pas vraiment que j'apprécie le plus. Ces deux-là sont un peu comme Cassandra : aucune morale pour les pauvres filles fragiles et sensibles que nous sommes.

     Ah, j'arrive pas à me l'ôter de la tête, c'est pas possible ! Bizarrement, je me demande ce qu'il fait en cet instant précis. Il drague ? Il planche sur son devoir ? Il regarde la télé ?


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     Eh bien, en ce moment, voyez-vous, il vient de rentrer chez lui pour affronter les innombrables questions de sa mère :

     - Alors, mon grand, comment s'est passée cette rentrée ?

     - Bof... comme toutes les journées à l'école : cour, cour et encore cour. Rien de bien passionnant.

     Tu parles, il ne se souvient pas s'être amusé comme un petit fou à mettre une raclée au nouveau sur une partie de billard. Ni même de l'instant où il a fait un concours avec son frère pour savoir lequel emballerait Diva le premier (résultat du duel : personne n'a remporté). Et il ne faut pas non plus oublier qu'il a essayé de me séduire (si, si, c'est vrai) pour que je fasse son devoir d'histoire.

     Mais à part ça, sa journée n'était pas intéressante du tout...


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     Je vous parlais, l'autre fois, du l'écrivain du coin et de son penchant pour la mère des jumeaux. Et bien figurez-vous qu'il s'est enfin décidé à l'appeler. Bon, je dis pas, il a dû s'y reprendre à plusieurs reprises vu la timidité maladive qui s'empare de lui chaque fois qu'il croise cette jolie veuve.

     Tristan a donc pris son courage dans une main et le téléphone dans l'autre, et quelques secondes après, Laura décrochait. Oh, elle n'a pas mis longtemps avant d'accepter l'invitation.

     - Un café pour faire connaissance, lui a dit Tristan. Depuis qu'on est voisins, on a jamais eu l'occasion de se parler.

    Ouais, bah ça, il l'aurait fait depuis longtemps s'il ne perdait pas tous ses moyens chaque fois que son regard se pose sur Laura.


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     Peu après avoir raccroché, Tristan n'en menait pas large. Voilà ce que c'est que de se lancer sans préparation. Recevoir Laura chez lui, dans son ridicule appartement, ce serait comme recevoir les jumeaux dans mon manoir... Hum... en fait... mauvais exemple.

     Quoi qu'il en soit, Tristan paniquait devant sa glace en attendant :

     - Oh, bon sang, et si jamais je ne lui plaît pas ? Et si elle trouve mon café immonde ? Et si...

     Pas le temps d'avoir un troisième "si" que déjà, on sonnait à la porte. Je peux vous dire que j'avais pas besoin d'être présente pour imaginer le blême envahir brutalement les joues de l'écrivain. S'il avait pu s'enfuir par la fenêtre, il l'aurait fait... le hic, c'est qu'il vit au premier étage alors forcément, ça fait une marche.


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     Mais heureusement pour lui, le rendez-vous s'est plutôt bien passé. Tous les deux ont passé des heures à discuter de choses et d'autres, devant un café aux petits oignons (oui, parce que non seulement il fait des romans, mais en plus il sait faire le café !).

     - C'est vraiment gentil de m'inviter, depuis le temps que je voulais connaître mon voisin, lui a dit Laura.

     Il n'en a pas fallu plus que pour le pauvre Tristan passe de blanc à rouge vif.

     - Eh bien... je... c'est à dire... vous... enfin... un autre café ?

     Ah, et j'ai aussi oublié de préciser qu'il était aussi très fort en bafouillage !

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18 avril 2009

Episode 3 - Le coeur en confiture

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     Tristan Ryan, l'écrivain du secteur, timide comme pas deux, avait fortement paniqué lorsqu'il a enfin osé inviter Laura Arker à prendre un café avec lui. Finalement, l'après-midi s'est passé encore mieux qu'il l'espérait puisque Laura est repartie, ravie de cet instant.

     - Votre café était délicieux et j'ai passé un agréable moment à discuter avec vous, lui a-t-elle dit en lui faisant la bise.

     - Oh... euh... j'en suis ravi... c'était... vraiment... très... madame Arker...

     - Je vous en prie, appelez-moi Laura.

     J'imagine aisément la tête rouge vif de Tristan quand la jolie madame Arker lui a dit ça. D'ailleurs, il n'a pas pu s'empêcher de bafouiller comme un collégien :

     - D'accord... Laura... vous aussi... vous pouvez m'appeler... euh... Tris... Tristan.

     - Eh bien, Tristan, j'espère qu'on se reverra autour d'un autre de vos succulents cafés, lui a répondu Laura, tout sourire.


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     Quand elle est partie, Tristan était sur un petit nuage, tellement heureux qu'il en était complètement à l'ouest.

     - Elle veut me revoir ! Elle veut me revoir ! Et elle a aimé mon café !

     Le reste de la journée a dû lui paraître bien douce, à notre écrivain... ou alors complètement insipide puisque sa belle l'avait quitté. Mais à mon avis, ce ne sera sûrement pas pour longtemps. Depuis le temps que Tristan la regardait avec des yeux de poissons pas frais, trop brillants à force de les poser sur elle. Depuis des mois, tout le quartier prenait des paris pour savoir si oui ou non il allait enfin se lancer, pour savoir aussi si Laura allait enfin remarquer l'intérêt que lui portait le beau rouquin. Si mes parents ne m'avaient pas interdit de parier avec les vieilles commères, je serais sûrement riche... ah non, je suis bête... je suis déjà riche...


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     L'inconvénient avec ce genre d'histoire, c'est qu'il y a toujours quelqu'un pour nous sauter dessus avec un millier de questions. Laura était attendue de pied ferme par les jumeaux qui voulaient absolument tout savoir de son après-midi avec Tristan.

     - Vous savez, les garçons, Tristan est quelqu'un de tout à fait charmant.

     - Ouais, a rétorqué Lévy. Tellement charmant que je suis sûr qu'il doit collectionner les conquêtes.

     - Ne prends pas ton cas pour une généralité, frangin, a répliqué alors Martin (il devait bien être le seul à voir la naissance de cette relation comme un bienfait.) Et puis, c'est bien que maman rencontre quelqu'un. Paraît que le gars est super timide, c'est vrai, ça ?

     - Oh, oui ! a répondu Laura en levant les yeux au ciel. Mais c'est tellement adorable de le voir bafouiller comme ça. C'est touchant pour quelqu'un d'aussi bien éduqué que lui.

     - M'man, j't'en prie, a fait Lévy. Tu sais rien de ce mec. Les écrivains, ce sont tous des gens bizarres.

     - Pas Tristan !

     Réponse lancée si fermement par Laura que ça en a clos la conversation.


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     De mon côté aussi, j'ai droit à tout un interrogatoire sur la rentrée des classes, et tout ça sous les yeux du jardinier (oui, parce qu'en plus, il mange avec nous... et en face de ma mère, qui plus est !).

     - Il paraît qu'il y a des nouveaux, cette année, non ? me demande ma mère.

     - Oui, deux. Un gars et sa sœur, je crois... mais j'ai pas trop fait attention. J'étais trop concentrée sur les cours (oh, le pieu mensonge !).

     - Tu as toujours été une fille sérieuse, ma chérie. Au fait, j'ai croisé les jumeaux Arker en ville, tout à l'heure. Incroyable, j'ai failli ne pas les reconnaître tant ils ont grandi. Ils sont devenus si beaux, tu ne trouves pas ?

     Ces mots ont été si brusques que j'ai senti mon gratin de macaroni prendre une direction non conventionnelle au creux de ma gorge. Respiration coupée, quinte de toux... la totale.

     - Ah ouais ? je réponds, complètement rouge (et pas seulement parce que je suis en train de m'étouffer). J'avais pas remarqué...

     Ça aussi, c'est un pieu mensonge, parce que je vous prie de croire que les jumeaux, je les ai remarqués ! A vrai dire, toutes les filles du lycée les ont remarqués...


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     Deuxième jour de cette nouvelle année de lycée. Toute contente, je file pour m'installer à ma place quand je le vois... lui... là... juste à côté. Mais qu'est-ce qu'il fiche là, d'abord ? C'est censé être la place de Diva, pas la sienne ! Humph... il a dû se tromper... ou alors c'est une conspiration. Et maintenant, je fais quoi ? Je m'installe, je ne m'installe pas ? Après tout, il y a une table vide tout au fond de la classe. Oui, très bon plan.

     - Eh, salut Lana !

     La voix de Lévy. Et flûte, grillée... En désespoir de cause, je m'assoids en marmonnant un "salut" tellement inaudible que je ne l'ai moi-même pas entendu. Je vous jure que s'il est là pour me demander discrètement de lui faire un devoir ou je ne sais quoi, je lui cloue la tête sur la table !


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     - Ca te dérange pas si je prends cette place ? me dit-il, limite doucereux.

     - Euh...

     Réponds... mais réponds, idiote ! Dis n'importe quoi, et le tout sans rougir, ce serait pas mal.

     - Non...

     Je ne suis qu'une imbécile, je le sais mais je n'y peux rien. Ce gars-là a une telle façon de me regarder que c'est même pas possible d'aligner deux mots correctement. Et c'est pas faute d'essayer d'y être insensible. Mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Je SUIS insensible ! Et pour le prouver, je l'ignore royalement en parcourant la pièce des yeux.

     Il y a soudain quelqu'un chose qui me choque dans cette classe : il manque quelqu'un. Les jumeaux sont là, les nouveaux aussi... Diva... la peste de Cassandra... Eva ! Où est Eva ? Sans réfléchir, je lance à Lévy :

     - Dis donc, t'as pas vu Eva, par le plus grand des hasards ?

     - Non, j'étais trop occupé à regarder ailleurs.

     Je ne veux même pas savoir ce à quoi il fait allusion. D'ailleurs, je n'ai pas le temps d'y réfléchir, le prof nous ordonne enfin le silence. Le cour commence. Sauvée !


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     L'absence d'Eva commence à m'inquiéter de plus en plus. D'habitude, elle ne sèche pas les cours comme ça, et quand il se passe quelque chose elle me prévient toujours. Elle sait que je suis d'une nature très inquiète en ce qui la concerne, surtout depuis la mort de sa mère. Après le repas, en repartant de la cafète, j'interpelle Diva pour lui demander :

     - Tu as des nouvelles d'Eva ? Elle n'est pas venue ce matin, ça m'inquiète.

     Comme je le craignais, la réponse n'est pas à mon goût :

     - Non, je ne l'ai pas vue. Je l'ai croisée hier soir au supermarché mais c'est tout. Elle avait l'air super pressée, en tout cas.

     L'inquiétude qui me ronge commence à se changer en une véritable appréhension. Dès que je rentre, je l'appelle, c'est pas normal que ma meilleure amie, ma soeur de coeur, s'absente comme ça, sans rien me dire.


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     Avant la reprise des cours, j'en suis toujours à cogiter lorsque je me fais interpeller par Martin :

     - Lana, au lieu de nous regarder, tu pourrais peut-être venir jouer avec nous ? Lévy n'a pas de partenaire et il est en train de se ramasser lamentablement.

     Gné ? Et alors, qu'est-ce que ça peut me faire ? J'ai pas envie d'aller m'amuser avec eux, je préfère rester dans mon coin et penser à Eva. Manque de bol, Martin ne le voit pas de cet oeil-là car il insiste :

     - Allez, Lana, ne me dis pas que t'as peur ?

     Piquée au vif, je rétorque en me levant d'un bond :

     - Je n'ai peur de rien ! J'aime pas jouer au billard, c'est tout. C'est un jeu de mec... (oh, bon Dieu, s'il pouvait détourner les yeux de moi, ça m'arrangerait). Bon, d'accord, j'arrive...


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     Ah, mais il va voir si j'ai peur, le Martin ! Elana Reaper n'a peur de rien et surtout pas de se ramasser au billard devant les deux plus beaux garçons de Shérony ! Mais bon sang, qu'ils arrêtent de me regarder comme ça, tous les deux, je vais finir par perdre tous mes moyens et me vautrer sur la table.

     - Allez, Lana ! me crie Lévy pour m'encourager. Ne laisse pas les deux crétins adverses gagner la partie.

     Je voudrais bien l'y voir, tiens. C'est pas lui qui a quatre magnifiques yeux posés sur lui ! Allez, Lana, concentre-toi.

     - Elle va jamais y arriver, fait alors Martin en riant. Désolé de te dire ça, frangin, mais vous avez quasiment perdu.

     - Mais si, elle va y arriver, rétorque Lévy, trop confiant.

     Le pire, c'est que je suis vraiment sur le point de faire un coup d'enfer... Seulement voilà, la voix de Martin s'élève encore une fois, railleuse :

     - Tu trouves pas qu'elle est canon, comme ça ?

     Et bam ! Je fais un tel bond que la queue de billard m'échappe des mains et se plante dans le tapis en envoyant la boule blanche à la figure du nouveau (j'ai toujours pas capté son nom, d'ailleurs). Martin s'esclaffe comme un fou mais je peux sentir sur moi le regard furieux de Lévy. Pfff... mauvais perdant, avec ça.


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     Tellement mauvais joueur qu'à la fin des cours, Lévy me rattrape pour me dire, pas trop content :

     - T'aurais quand même pu assurer au billard, on s'est ramassé en beauté et j'aime pas me ramasser.

     Ah ça, j'avais remarqué. Furax de me faire traiter de la sorte, je gueule :

     - Non mais oh, faudrait quand même pas pousser ! T'as qu'à en vouloir à ton frère, c'est lui qui m'a déconcentrée ! Et puis je voulais pas jouer, c'est vous qui m'y avez forcée ! Et si t'es pas content, t'as qu'à aller te faire cuire un oeuf ! M'engueuler parce que je t'ai fait perdre au billard, j'aurais tout entendu ! N'importe quoi !

     Après avoir lancé ça d'un trait, je reprends ma respiration et ajoute avant que Lévy ne puisse en caser une :

     - Maintenant, si tu veux bien m'excuser, faut que je rentre. J'ai des devoirs à faire toute seule, moi ! T'as qu'à retourner t'entraîner au billard, c'est pas ma faute si tu es trop nul pour ne pas réussir à finir une partie sans équipier !

     Et je le laisse en plan, comme ça, direct. Je suis tellement furieuse que je suis encore capable de lui en coller une.


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     Seulement voilà, Lévy n'est pas décidé à me lâcher comme ça. M'empêchant d'aller plus loin, il lance :

     - C'est bon, t'as fini de t'énerver, je peux en caser une ?

     Je croise les bras, le visage toujours aussi furibond tandis que le sien s'adoucit (et devient encore plus attirant, au passage).

     - Ok, je suis désolé de t'avoir vêxée, continue-t-il. Je pensais pas que tu allais si mal le prendre. Pour me faire pardonner, je t'invite à une sortie entre copains, ce soir. Il y a une boîte sympa qui vient d'ouvrir, qu'est-ce que t'en dis ?

     Euh... je suis pas sûre d'avoir bien entendu... Il a dit... qu'il m'invitait... à une soirée entre potes ? Holà, il croit peut-être que je vais lui pardonner son sale caractère aussi facilement ? Et puis quoi encore ? Prenant une moue décidée, je me redresse et lance tout de go :

     - D'accord, ça marche.

     Imbécile, imbécile, imbécile ! Mais pourquoi j'ai répondu ça ? En tout cas, c'est trop tard. Lévy esquisse un grand sourire (non, je ne fonderai pas) en répliquant :

     - Parfait ! Rejoins-nous à 8h ce soir, au Club Carré. Tu vois où il est ?

     - Ouais, je vois. C'est le grand machin rouge qui s'est construit à la sortie de Shérony.

     - Génial, oublie pas de te faire belle.

     Et il s'en va, visiblement satisfait. Mais dans quoi je me suis fourrée, moi, encore ?


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     Me faire belle, me faire belle... Moi, j'veux bien, mais je n'ai absolument rien à me mettre à part des jeans et des T-shirt. Alors sur le chemin de la maison, je fais un crochet par le premier magasin de fringues que je croise. Et vous savez comment est une fille dans un magasin de fringues, hein ? Je passe des heures à chercher, à fouiller, à essayer tout en commentant à voix haute :

     - Nan, celle-là, elle fait trop habillée. Et dans celle-là, j'aurai l'air d'un sapin de Noël. Faut un truc plus simple mais élégant... Genre...

     J'écarte les vêtements emmêlés sur le portant et je la trouve, juste devant mes yeux... LA robe qu'il me faut absolument pour plaire à... euh non, pour ne pas avoir l'air ridicule, je veux dire.


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     Un petit tour par la cabine pour voir ce que ça donne... Déjà, elle est pile-poil à ma taille, ce qui ne gâche rien. En plus, elle est super douce au contact. Ok, les rayures sur le haut, c'est pas ce que j'aime le mieux mais admettez quand même que j'en jette, comme ça, non ? Je peux même me vanter de ressembler à une fille, maintenant.

     Bon, c'est décidé, je prends celle-là, avec les chaussures assorties. Pour la coiffure, je pense que je vais laisser au naturel. Ouais... ça sera pas mal. Je vais l'asseoir, le Lévy, z'allez voir ça ! Il va regretter de m'avoir parlé sur ce ton, tout à l'heure !

     Bon, c'est pas tout ça mais je voudrais profiter du reste de ma soirée pour tenter de joindre Eva... J'espère qu'il ne lui est rien arrivé...

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17 septembre 2009

4. Jalousie entre potes

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     Il n’était que sept heures ce soir, et j’étais déjà prête pour la fameuse soirée entre copains de Lévy. Je laissai mes cheveux au naturel et ne pris pas la peine de me maquiller, ça ne servirait à rien. C’était juste une sortie en boîte, et puis je n’avais personne à impressionner. Avant de partir, je me décidai à appeler Eva. Je n’avais pas eu de nouvelles de toute la journée, elle n’était pas venue au lycée et pire, ne m’avais même pas prévenue de son absence.

     — Allez, décroche, décroche…, marmonnai-je dans le combiné en espérant entendre la voix de ma copine.

     Mais nada, juste le silence brisé par la tonalité. Je réessayai une deuxième fois mais finis par raccrocher en désespoir de cause. J’aurais bien fait un crochet par chez elle, mais le Club Carré était à l’autre bout de la ville et j’allais finir par être en retard. Alors, me promettant d’aller tambouriner chez mon amie dès demain matin, je vérifiai ma coiffure et filai.


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     Pile dans les temps ! me dis-je en arrivant devant les portes de la boîte de nuit. C’était bizarre, mais j’appréhendais un peu cette soirée. Ok, c’était censé être une soirée entre copains, mais je n’étais pas sûre de parfaitement m’intégrer à une bande de mecs chahuteurs, surtout si ces derniers avaient un certain Lévy Arker à leur tête.

     Je m’arrêtai soudain devant la porte et glissai un œil prudent à travers la vitre.

     — Oh, flûte ! marmonnai-je. Il est déjà là !

     Lévy et Martin étaient tranquillement installés au comptoir. Je restai figée quelques secondes, respirai profondément puis enfin, me décidai à entrer.


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     Je fus aussitôt assaillie par une musique qui tenait plus du bruit de casseroles qu’autre chose. Une musique de jeunes, soi-disant. Tu parles ! J’avais l’impression que mon crâne allait exploser à la minute où je mis le pied dans cette salle.

     Contre toute attente, Lévy se leva pour m’accueillir.

     — Eh, salut Lana ! dit-il, joyeux. Je suis content que tu sois là, je pensais pas que tu allais venir.

     — Ben, tu m’as invitée, tu te rappelles ?

     — Ouais, mais… dis donc… tu es… wouah ! Cette robe te va super bien !

     — Eh, frangin, fit soudain Martin sans se retourner. Vas-y mollo, je l’entends rougir d’ici.

     Je me raclai la gorge, en proie à une forme étrange de joues rougissantes. Il fallait reconnaître que recevoir un compliment de Lévy tenait du pur miracle… surtout pour moi.


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     Cependant, il me sauva de mon embarras grandissant en enchaînant :

     — Dis, je sais qu’on s’est un peu frittés cet après-midi, mais ça te dirait de faire une partie de billard ?

     — Euh… ben…

     Et voilà que je n’arrivais plus à aligner le moindre mot, comme la gourde que j’étais ! Je vis dans ses yeux qu’il paraissait amusé par ma gêne. Alors je me redressai et balançai direct :

     — Ok, et tu vas voir, je vais te battre !

     — Génial ! Esteban est là aussi, on va bien se marrer, tu vas voir.

     Esteban ? Fronçant les sourcils, je cherchai dans ma mémoire à qui pouvait bien appartenir ce prénom… sans succès.


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     J’eus le déclic lorsque le nouveau du lycée se planta à côté de moi en attendant que Lévy termine son tour. Mais bien sûr ! Esteban Quelquechose, c’était lui. Le mignon blondinet que Cassandra avait tenté de s’accaparer – j’ignorais si elle y était parvenue, d’ailleurs.

     — Salut, euh…, commença-t-il timidement tandis que Martin encourageait son frère.

     — Elana, l’aidai-je. Mais tu peux m’appeler Lana.

     — Ah… ok… Lana. Euh… ça fait longtemps que tu vis à Shérony ?

     Je souris.

     — Ouais, j’y suis née. A vrai dire, je connais que ce coin. J’ai même hâte de pouvoir le quitter pour la grande ville.

     — Ah ? Moi j’aime bien Shérony. C’est calme, ça change du cahut de la ville où j’habitais.

     Un gars de la ville. J’ouvris la bouche pour répliquer lorsque la voix de Lévy m’interpella :

     — Eh, Lana, à toi. Montre-nous ce que tu sais faire.


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     Je quittai Esteban pour faire le tour du billard, devant les beaux yeux gris de Lévy. Cette fois-ci, je ne me laissai pas intimidée par la présence des beaux jumeaux et me concentrai sur ma tâche. Je n’avais jamais été mauvaise au billard, seul mon manque de confiance en moi m’empêchait d’éclater mes adversaires. Trop peur de faire un coup débile, trop peur d’abîmer la table…

     Mais cette fois, je me sentais en confiance. Sans trop savoir pourquoi, je me laissai transportée par la joyeuse ambiance de cette soirée.

     — Allez, Lana, tu vas y arriver ! me lança Lévy.

     — Tu parles, fit son frère, elle va se planter.

     — Arrête Martin, tu vas lui porter la poisse.

     Je reléguai leur dispute fraternelle dans un coin reculé de mon cerveau pour rester concentrée, puis je me penchai et fis un coup d’enfer, qui me valut les félicitations du plus craquant des jumeaux.


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     Mais la soirée ne s’arrêta pas là et continua autour d’une table de poker. Je n’avais jamais eu de porte-monnaie limité, je m’en donnai donc à cœur joie – quand bien même je perdais souvent.

     — Je relance de cinq, fit alors le blondinet, et je demande une carte.

     Il avait le sourire du type qui savait déjà comment allait se terminer la partie – en sa faveur, naturellement. Martin le remarqua et rigola :

     — Tu bluffes, c’est évident. Je suis sûr que t’as un jeu pourri !

     — Continue comme ça et je vous oblige à tout mettre sur le tapis.

     — Ok, concéda Martin, je suis et je demande deux cartes. Lév’ ?

     — Je suis aussi, et je relance de cinq.


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     Martin écarquilla les yeux lorsque son frère annonça sa relance.

     — La vache ! Tu veux nous mettre à terre dès le premier tour ?

     Esteban relança à son tour, et instinctivement, je ne pus m’empêcher de le regarder. Le blondinet était un gars plutôt sympa, toujours le sourire aux lèvres et apte à remettre les jumeaux à leur place sans trop de problème.

     — Oh, Lana, tu fais quoi ? m’interpella Lévy.

     Je sursautai, suivis la mise et demandai deux cartes. Le tour était presque terminé et les jeux allaient bientôt être révélés. Cependant, mon attention se reporta sur Esteban, si sûr de lui, si souriant. Étonnamment, sa compagnie m’était agréable, elle m’aidait à me sentir moins impressionnée face aux jumeaux.


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     Au moment où Martin allait montrer ses cartes, une jeune fille se planta à côté d’Esteban et lui lança sans cérémonie :

     — Eh, Esteban, t’as vu l’heure ?

     Le blondinet se retourna et l’air qu’il afficha m’attrista.

     — Oh, Carmen, attends, on commence à peine, la supplia-t-il.

     — Tu sais très bien ce que pense papa des jeux d’argent, rétorqua la dénommée Carmen – sûrement sa sœur, à en juger par son allusion à leur père. Allez, grouille-toi, j’ai pas envie de t’arracher de ta chaise par la peau des fesses devant tes copains.

     Le garçon soupira profondément mais dû rendre les armes. Il était évident qu’il n’arriverait pas à résister face à la pelote de nerfs qui l’attendait en tapant dans ses mains d’un geste impatient.


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     — Ok, c’est bon, j’arrive, se rendit-il.

     — Ouais, bah tu ferais bien de magner un peu ton cul. J’ai dû écourter ma soirée pour venir te chercher. Maman se faisait un sang d’encre.

     Devant moi, j’aperçus le sourire caustique de Lévy. Je fronçai les sourcils. De quel droit pouvait-il se moquer ainsi des autres ?

     — C’est cool, t’excite pas, reprit Esteban en se levant. Là, j’ai quitté la table, t’es contente ? Bon sang, dire que j’avais un full aux rois !

     Carmen ne répondit pas et tourna les talons. Le blondinet ne la rejoignit pas tout de suite, car il prit le temps de nous dire :

     — C’était super sympa, faudra se refaire ça un jour. On se voit demain, au lycée. Salut Lana.

     Il me dédia un sourire qui me fit rosir puis disparut en marmonnant des paroles peu aimables à l’encontre de sa frangine.


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     A peine fut-il parti que le visage de Lévy se figea sans explication. Il vrilla son regard dans le mien et ce fut d’une voix sèche qu’il lança, sitôt Esteban disparu :

     — Alors, ça t’a plus de reluquer le nouveau toute la soirée ?

     — Quoi ? ! m’ébrouai-je. Mais… de quoi tu parles ? Je ne le reluquai pas !

     D’accord, je l’avais un peu observé, mais de là à penser que je le reluquais, y a de la marge !

     — Il a l’air de te plaire, avec ses cheveux blonds et sa gueule d’ange, continua-t-il, imperturbable.

     — Lévy, arrête, gronda doucement son frère, sentant le malaise s’installer entre nous.


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     Ce fut comme si un poids venait de se coincer dans mon estomac. Je baissai les yeux sous le regard accusateur de Lévy, me demandant ce que j’avais fait de mal. J’étais tellement gênée que je perdis le contrôle de mes cordes vocales qui refusèrent tout net de fonctionner. Et Lévy qui poursuivait, comme s’il m’accusait du pire crime qui soit :

     — On aurait peut-être dû te laisser seule avec lui. En deux temps, trois mouvements, il t’emballait et tu finissais la nuit dans son plumard...

     Il n’eut pas le loisir de finir, son frère haussa la voix. J’étais tellement abasourdie que je le laissai me défendre :

     — Putain, Lèv’, à quoi tu joues, là ? Fiche-lui la paix, bon sang ! On était censés être là pour s’amuser !

     — Ah ouais ? Bah je vais vous laisser vous amuser, alors. Moi, je me tire.


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     — Lèv’, allez déconne pas, tenta Martin. Assieds-toi, on n’a pas fini.

     — Rien à battre, cette soirée ne m’amuse plus, répliqua sèchement son frère.

     Je ne comprenais pas. A vrai dire, j’avais l’impression que la planète s’était arrêtée de tourner aussi sûrement que ma respiration s’était coupée. Mais qu’est-ce qui lui arrivait, à cet imbécile ?  Je pestai mentalement cependant que Martin ajouta :

     — Non mais attends, Lévy, tu vas pas te barrer comme ça ? Lana ne t’a rien fait, que je sache !

     — Fous-moi la paix, toi. Je rentre.

     Lévy avait perdu toute son amabilité, et moi je me retenais d’exploser. Prenant une grande inspiration pour calmer mon énervement grandissant, je murmurai à l’intention de Martin :

     — Laisse tomber, il se fait tard de toute façon.

     Le temps de prononcer cette phrase et Lévy avait déjà traversé la terrasse. Son frère hésita un instant, me lança un regard plein de remords et fila à sa suite comme s’il voulait à tout prix le retenir.


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     — Non mais c’est quoi ce délire ? lança-t-il lorsqu’il l’eut rattrapé. Qu’est-ce qui te prend de l’agresser comme ça ?

     — Je ne l’ai pas agressée. Et lâche-moi un peu, tu veux ?

     — Franchement, je te comprends pas, Lèv’. On se marrait bien pourtant, Lana aussi. T’as pas vu comme elle se sentait à l’aise, pour une fois ? On la reconnaissait pas. Et toi, t’arrives avec tes airs de gros dur et tu fiches tout en l’air !

     — Je t’ai dit de me lâcher, grogna Lévy, impatient de pouvoir quitter le club.

     Étrangement, le ton de Martin monta d’un cran. Lui qui était réputé pour son calme incroyable haussait maintenant la voix contre son jumeau :

     — Bon sang, Lévy, t’es qu’un abruti, tu le sais, ça ? Lana est une fille bien, et elle t’a rien fait ! T’avais pas le droit de la traiter comme ça !


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     Ces mots parurent contrarier Lévy au plus haut point car il s’énerva davantage, criant presque :

     — Fiche-toi de moi ! Tu l’as pas vue mater ce mec toute la soirée ?

     Martin marqua un temps d’arrêt, puis il comprit :

     — Attends… ne me dis pas que… Oh, bon Dieu, Lèv’ ! T’es jaloux, c’est ça ?

     — N’importe quoi ! Moi, jaloux de cette blondasse insipide ? T’as bu ou quoi ?

     — Arrête de faire ton caïd, je te connais, renchérit Martin, les bras croisés. T’es jaloux et tu veux pas l’admettre. C’est dingue, je pensais pas que ça t’arriverait un jour !

     — Tu sais quoi ? s’emporta Lévy. Je vais arrêter d’écouter tes conneries et rentrer à la maison. Pense ce que tu veux, je m’en tape. Ciao !


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     Assise devant la fenêtre, la mine déconfite, je n’arrivais pas à croire ce que j’entendais. Cette soirée avait vraiment tourné au grand n’importe quoi. Me faire engueuler parce que j’ai osé regarder le nouveau ! Je savais que Lévy avait sale caractère, mais à ce point-là ? J’hallucinai… Il ne croyait quand même pas que j’allais rester toute la soirée à le dévorer du regard, histoire d’entretenir sa fichue réputation de tombeur ?

     Je sentis mes poings se serrer cependant que Lévy quittait Martin d’un pas qui m’avait l’air furibond, et moi je restai ici, comme une imbécile, à fulminer silencieusement. Il était temps que je rentre, moi aussi.

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20 septembre 2009

5. Malaises

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Ce fut une soirée catastrophique, pour ne pas dire la pire de ma vie. Elle avait pourtant bien commencé, je me sentais à l’aise et en confiance – chose rare chez moi. Puis il avait fallu que Lévy fasse l’imbécile en me traitant comme si j’étais la pire des tentatrices. Tout ça pour quoi ? Parce que j’avais regardé le nouveau d’un peu trop près, parce que ma curiosité a pris le dessus. Après tout, je ne connaissais absolument pas Esteban, il était donc normal que je sache à quoi il ressemblait !

Un long soupir s’échappa d’entre mes lèvres tremblantes. Je détestais ce style de mecs, de tombeurs qui se croyaient au-dessus de tout parce qu’ils avaient une gueule plus belle que celles des autres. Je détestais quand on me parlait de la sorte. Et plus particulièrement, je détestais ce type !



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Dans un sursaut de lucidité, je regardai ma montre. Il était trois heures du matin, la nuit allait être courte et j’aurais sûrement du mal à suivre les cours demain. Je me levai d’un bond, me déshabillai en rageant et jetai ma robe comme une boule de chiffons sales au fond de la commode. Je ne la remettrais sûrement jamais ; il n’était plus question que je me laisse traîner dans des sorties comme celle-là. Dire que j’avais claqué deux cents simflouzes pour cette fichue robe ! Ca m’apprendra à vouloir me faire belle…



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Je passai une nuit agitée, sans repos, sans rêve non plus. Je ne cessais de repenser à cette soirée gâchée à cause de la mauvaise humeur d’un pauvre idiot. Néanmoins, lorsque je sortis de la maison pour me rendre à l’école, mon esprit fut assez gentil de me rappeler que je devais avant tout passer chez Eva, dont je n’avais plus de nouvelles depuis la veille au matin.

Je me rendis chez elle d’un pas lourd tant j’étais fatiguée par mon manque de sommeil. Les alentours de la petite maison à colombages étaient calmes. Un silence bienfaisant y régnait, à peine brisé par le pépiement des oiseaux éveillés depuis l’aube. Je frappai à la porte, impatiente qu’on m’ouvre, mais rien ne se passa. Je jetai un coup d’œil à la fenêtre. Un bol de céréales plein traînait sur la table, plusieurs mouches volant autour. C’était le seul signe de vie dans toute l’habitation. Déçue, je m’apprêtai à repartir lorsque j’entendis, venant de la rue :

— Lana !



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Je me retournai et rejoignis prestement la silhouette qui venait d’apparaître. Eva ! A peine face à elle, je la serrai dans mes bras cependant qu’elle murmurait dans mon cou :

— Je suis contente de te voir. Si tu savais !

Elle tremblait entre mes bras. Je la repoussai délicatement et la considérai, les sourcils dressés. Elle avait l’air épuisée, comme si elle n’avait pas dormi de la nuit, et ses yeux portaient encore les stigmates d’une grande tristesse.

— Tu fais peur à voir, lui dis-je. Dis-moi ce qui se passe.

Elle hocha la tête, garda un instant son regard fixé sur le sol dans une sorte de réflexion comateuse, puis parla enfin.


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— C’est ma grand-mère… elle est à l’hôpital…

Je retins mon souffle. Naënie, une trop gentille dame qui ne s’était jamais remise de la mort de sa fille… En mon for intérieur, je priai pour que rien de grave ne se soit produit.

— Elle a eu un accident ? hasardai-je, plus pour combler le silence qu’autre chose.

— Non, répondit Eva. Elle… elle a eu un malaise et…

Elle reprit sa respiration et continua son récit d’une voix plus calme.



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— Je l’ai trouvée inconsciente dans le salon, hier matin, en me levant. J’ai essayé de la réveiller, mais je n’ai pas pu, alors j’ai prévenu les secours.

Je profitai d’une pause pour lancer, sincère :

— Eva… je suis désolée…

D’une main, elle me fit taire et poursuivit :

— J’ai passé toute la journée et toute la nuit à l’hôpital, et durant tout ce temps, elle ne s’est pas réveillée.

— Mais tu sais ce qui s’est passé, au moins ?

— Je crois, oui…



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Elle s’arrêta un court instant, parut réfléchir et son récit s’échappa de nouveau d’entre ses lèvres :

— J’ai vu une infirmière. Elle m’a expliqué que ma grand-mère avait fait un malaise dû à un manque l’alimentation, ou quelque chose comme ça. Maintenant que j’y repense, elle ne mangeait quasiment plus rien depuis la mort de maman, et elle s’affaiblissait de jour en jour. Je crois que… que ce qui s’est passé… son malaise ou je ne sais quoi… c’était inévitable.

— Mais elle va s’en tirer, non ?

— En toute logique, oui. Si elle se réveille, du moins…



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Ses sourcils se froncèrent et, l’espace de quelques secondes, elle sembla perdue dans ses pensées avant de reprendre :

— Tu sais, Lana, quand j’ai regardé ma grand-mère, allongée dans ce lit d’hôpital, j’ai eu l’étrange sensation qu’elle ne voulait pas se réveiller, qu’elle voulait… partir.

Puis elle éclata en sanglots. Je la serrai contre moi, caressant ses cheveux en un geste qui se voulait rassurant cependant qu’Eva soufflait, la voix secouée de soubresauts :

— Si elle meurt… qu’est-ce que je vais devenir ?

— Chut, murmurai-je. Tout va bien se passer, je te le promets.

Je la sentit hocher la tête contre moi, puis elle s’exclama brutalement en me repoussant :

— Bon sang, tu as vu l’heure ? ! File en cours, tu vas être en retard.

— D’accord mais… et toi ?

— Je retourne à l’hôpital, j’étais juste rentrée pour prendre une douche et me changer.



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Je la laissai à contrecœur, et pris la direction du lycée. Je n’avais pas du tout envie de la laisser, mais mes parents m’en auraient voulu à mort si j’avais sécher les cours. Et puis, il fallait que je pense à autre chose, que je me concentre sur mes leçons pour oublier cette soirée abominable. Seulement, je n’étais pas encore entrée dans le bâtiment que Martin, assis sur un banc, m’interpella :

— Lana, te voilà enfin.

— Qu’est-ce que ça peut te faire ? grognai-je en tâchant de continuer ma route.

— Je t’attendais, figure-toi, répondit-il tandis que je le regardai enfin, étonnée.

Lui ? M’attendre ? Je pris une mine perplexe alors qu’il avouait :

— Je voulais te parler, à propos d’hier soir.


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Je réagis aussitôt en lâchant, peu aimable :

— Si tu veux me parler de ton imbécile de frère, laisse tomber, j’en ai rien à battre.

— Lana, s’il te plaît. Je suis tout aussi furieux que toi.

— Tiens donc ! Toi aussi, il t’a humilié devant tout le monde en t’engueulant parce que tu as osé poser tes yeux ailleurs que sur lui ?

Il soupira, et je vis en ce souffle dépité qu’il était vraiment sincère. Je m’adoucis alors, et repris, un peu penaude :

— Désolée, c’est pas à toi que je dois m’en prendre, mais je suis tellement en colère à cause de son comportement que…

Je m’arrêtai, consciente que j’allais exploser une nouvelle fois. Martin n’y était pour rien dans cette histoire débile. Après tout, il m’avait défendu face aux paroles odieuses de son frère.



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— Crois-moi, Lana, je sais pas ce qui lui a pris, je l’avais jamais vu comme ça. Et je suis vraiment désolé que tu aies dû subir ça.

Je haussai les épaules, affichant un air blasé qui ne trompa pas Martin.

— Je t’assure, il est jamais comme ça, d’habitude, continua-t-il. Je veux dire… d’accord, il y a des fois où il manque cruellement de tact, mais pas au point…

— … pas au point d’être odieux ! le coupai-je.

Je repensai soudain à la discussion que j’avais surprise entre les deux frères, hier soir. Martin avait dit que Lévy était… quoi déjà ? Jaloux ? Je secouai la tête pour moi-même et allai rejoindre la salle de cours en plantant Martin ici lorsque ce dernier me retint.



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— Attends, Lana ! Je tenais aussi à m’excuser, je pensais pas que la soirée allait être écourtée de cette façon.

— T’es quelqu’un de sympa, Martin, je lançai alors, et je te remercie de m’avoir défendue hier soir. Sauf que c’est à ton imbécile de frère de s’excuser, pas à toi.

Il baissa la tête. Les yeux au sol, la voix attristée, il dit :

— Je le connais, il ne le fera pas. Il a son honneur.

— Eh bien, il a qu’à s’asseoir dessus, pour une fois, ça lui ferait pas de mal ! répliquai-je du tac au tac, ce qui fit sourire Martin. Bon, on va finir par être en retard, tu viens ? j’ajoutai en entendant la cloche résonner dans les couloirs du bahut.

Il acquiesça et, l’un après l’autre, nous réintégrâmes la première salle de classe.



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Durant tout le cours d’économie (je détestais l’économie), je sentis la présence de Lévy derrière moi. Lorsque je fus entrée à la suite de Martin et que je fus passée à côté de lui pour aller m’installer, il ne m’avait accordé aucun regard. Ce qui, en même temps, n’était guère étonnant. Et puis, n’étais-je pas une blondasse insipide à ses yeux, si j’en devais en croire ses propres paroles ? Il ne m’avait jamais regardée auparavant, alors pourquoi cela changerait-il ?

Bien étonnamment, je n’étais pas attentive au cours. Mon esprit passait sans cesse d’Eva à Lévy, et de Lévy à Eva. Puis je me remémorai la conversation houleuse d’hier soir, entre les frères. Jaloux… C’était tout bonnement impossible, Martin avait tort. Néanmoins, je devais m’en assurer.

J’étais peut-être stupide… non, en réalité, j’étais stupide, mais si Lévy était vraiment jaloux, il allait sûrement réagir à ce que je m’apprêtais à faire.



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Je profitai de la récréation pour aller voir Esteban. Ce dernier avait l’air surpris que je lui adresse la parole, néanmoins il m’écouta attentivement. Je parlai d’une voix bien nette, pour que les mots atteignent Lévy qui nous regardait, juste derrière.

— Salut Esteban ! Je voulais te dire que la soirée d’hier était super. Il faudra qu’on remette ça, j’ai beaucoup aimé être avec toi, t’es vachement sympa comme gars.

— Ben… merci, répondit-il, timide. Toi aussi, tu es sympa, et la soirée était géniale.

Je lui dédiai un radieux sourire et ses joues devinrent aussitôt roses. Remarquant du coin de l’œil que Lévy ne nous lâchait pas du regard, j’enfonçai le clou :

— Tu joues vraiment bien au poker, dis donc. Ça te dirait de me donner quelques leçons, de temps à autre ? Parce que, à vrai dire, je suis pas très douée à ce jeu-là.

Ce fut à son tour de sourire, comme s’il était enchanté par ma proposition.

— Ouais, avec plaisir, rétorqua-t-il.


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Tout en parlant à Esteban, je me décalai légèrement, l’air de rien, et glissai un coup d’œil vers Lévy. Le visage de ce dernier s’était renfrogné, autant si ce n’est plus qu’hier soir. Visiblement, il n’appréciait pas que je discute avec le blondinet. Mais je m’en tapais et je continuai gaiement :

— Je n’avais pas remarqué tes yeux… Ils sont dorés, c’est ça ?

Il hocha la tête, bien en peine de répondre tant il semblait surpris que je m’intéresse à lui. J’entendis Lévy pester et le vit broyer sa queue de billard entre ses mains tandis que son frère s’évertuait à le ramener au jeu, sans résultat cependant.

— Lèv’ ! lança Martin. Oh, Lèv’, tu joues ou quoi ?

— Fous-moi la paix deux minutes, tu veux ? cracha son frère.



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Martin voulut insister, mais le regard sombre que Lévy darda sur lui l’en dissuada. Je détournai la tête au moment où l’attention du jumeau coléreux se posa sur nous une nouvelle fois, faisant semblant d’être attentive aux paroles d’Esteban.

— Tu sais… je… je te trouvais très jolie, hier… dans ta robe, bafouilla-t-il. Très… comment dire… séduisante.

Je ne pus m’empêcher de rougir sous le compliment. Personne ne m’avait encore dit que j’étais séduisante. Ces mots m’allèrent droit au cœur, sans que je le veuille. Le grondement de Lévy me parvint. Il tapa sa queue de billard sur le sol en un geste agacé et ragea sans se soucier un seul instant d’être entendu de tout le bahut :

— Putain, j’y crois pas… J’vais me le faire, ce crétin…

Je levai la tête et, cette fois, je plantai obstinément mes yeux dans le gris des siens. Ce faisant, j’eus la confirmation des soupçons de Martin : Lévy était bel et bien jaloux.

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07 octobre 2009

6. Règlement de comptes

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     Ce soir-là, alors que je ruminais ma colère et mes questions seule dans ma chambre, madame Arker se faisait belle. Elle avait ressorti sa jolie robe rouge qu’elle n’avait mise qu’une seule fois depuis la mort de son mari. Son visage était tiré d’anxiété lorsqu’elle se regarda dans la glace, réajustant ses cheveux, vérifiant son maquillage. S’observant d’un œil critique, elle marmonna :

     — Mon Dieu, j’espère que ce n’est pas trop habillé… Oh, de quoi j’ai l’air, comme ça ? Je devrais me changer, je ressemble à un sapin de Noël !

     Oui, Laura était nerveuse et ce sentiment se lisait dans ses grands yeux rehaussés de fard sombre. En cet instant, toutes ses pensées se bousculaient dans sa tête, et un millier de questions affluaient en même temps. Pourquoi avait-elle accepté ce rendez-vous ? Pourquoi n’avait-elle tout simplement pas trouvé une excuse pour s’y dérober ? Et surtout, pourquoi se sentait-elle irrémédiablement attirée par cet homme séduisant et timide ?

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     Tout à ses pensées, elle remit de l’ordre dans sa coiffure déjà impeccable et sortit de sa chambre. Elle allait pour quitter la maison, le cœur gonflé d’anxiété, lorsque la voix de son fils la retint :

     — M’man ? Mais… wouha, tu es belle ! Où est-ce que tu vas, comme ça ?

     Lévy la contemplait des pieds à la tête, impressionné par l’allure de sa mère qui lui répondit :

     — J’ai rendez-vous au restaurant avec… enfin…

     Elle hésita. Le jumeau haussa un sourcil. Il comprit tout de suite à qui Laura faisait allusion, il n’y avait qu’à voir le voile rosé qui venait de se déposer sur ses joues douces à l’évocation de celui qu’elle allait rejoindre.

     — T’as rendez-vous avec l’écrivain ? s’enquit Lévy. Machin Ryan ?

     — Il s’appelle Tristan, le corrigea sa mère. Et oui, c’est avec lui que je vais dîner.

     Son fils se rembrunit et son expression changea, imperceptiblement, mais assez pour que Laura le remarque. Tout comme elle remarqua que ce n’était pas à cause de cette sortie que Lévy s’assombrissait.

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     — Chéri, tu vas bien ? demanda-t-elle, soudain inquiète.

     Lévy haussa les épaules.

     — Ben oui, je vais bien, affirma ce dernier. Pourquoi tu me demandes ça ?

     — Eh bien, tu as l’air distant depuis hier, et tu es resté enfermé dans ta chambre toute la soirée.

     Là encore, Lévy haussa les épaules, balayant les paroles de sa mère qui le regardait d’un œil surpris. Apercevant cette œillade inquisitrice, il s’efforça de rétorquer :

     — T’inquiète, tout va bien. Je suis juste un peu fatigué. Allez, file t’amuser, tu ne voudrais pas faire attendre ton écrivain ?

     Il avait visé juste et un sourire étira les lèvres finement maquillées de Laura. Aussitôt, elle oublia les préoccupations de son fils pour revenir aux siennes, beaucoup plus angoissantes.

     — Oui, j’y vais, fit-elle. Il y a du poulet dans le frigo et de la tarte dans le four. Ne faites pas de bêtises, tous les deux.

     Lévy lui sourit en guise de réponse et ce fut dans un soupir déchirant qu’il regarda sa mère passer le seuil de la porte.

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     La nuit était plus douce que jamais lorsque Laura arriva au restaurant Bellevue. Quand elle se présenta en terrasse, elle remarqua que Tristan était déjà là, à l’attendre. Une vague de panique voila soudain son regard. Bon sang, j’espère que je ne suis pas en retard ! songea-t-elle, mal à l’aise. Pour un premier rendez-vous, ce serait vraiment stupide ! Néanmoins, elle prit une profonde respiration et, tâchant d’ignorer le trac qui montait en elle, elle prit place face à l’écrivain.

     — Laura ! fit ce dernier en levant son verre pour l’accueillir. J’ai eu peur que vous ne veniez pas.

     La timidité peignait son visage et le rendait encore plus adorable aux yeux de madame Arker.

     — Je n’aurais manqué ce rendez-vous pour rien au monde, répondit-elle en levant son verre à son tour. J’espère que je ne vous ai pas fait trop attendre. Mon fils m’a retenue et…

     — Non, n’ayez crainte, je viens juste d’arriver.

     Elle sourit et un silence s’abattit soudain sur eux, un silence porteur de tout ce qu’ils n’osaient se dire. Puis ils ouvrirent la bouche en même temps, se turent et éclatèrent de rire. La tension intimidante qui régnait entre eux s’écroula aussitôt, et ils se mirent à parler comme deux vieux amis.

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     Ils terminaient le plat du jour lorsque Tristan lança soudain, les joues en feu et les yeux brillants :

     — Vous… vous êtes vraiment ravissante dans cette… je veux dire… bien habillée… enfin… cette robe vous va très bien.

     Ce fut au tour de Laura de rougir comme une lycéenne. L’espace d’un bref instant, elle ne sut plus où se mettre mais se reprit bien vite et ce fut avec une aisance déconcertante qu’elle répondit :

     — Merci beaucoup. Vous aussi, vous êtes très séduisant ainsi.

     La gorge de Tristan se noua sous le compliment. Il sourit, chercha ses mots mais ne les trouva pas. Il fut sauvé de l’embarras par Laura qui reprit, changeant de sujet :

     — Alors, vous écrivez des romans policiers ?

     Cette fois, Tristan était sur un terrain connu, et la conversation qui en découla fut aussi facile pour lui que de parler de la pluie et du beau temps.

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     La soirée fila vite, trop vite à leur goût. L’heure avait tourné à une vitesse étonnante, comme toujours à chaque fois que l'on passait un bon moment. Il était près d’une heure du matin lorsque Laura et Tristan s’assirent sur un banc, à la sortie du restaurant. Les yeux mi-clos, madame Arker huma l’air doux de cette nuit estivale, sous le regard subjugué de l’écrivain qui ne pouvait ignorer ce si doux visage.

     — J’ai vraiment passé une très bonne soirée en votre compagnie, fit Laura en tournant la tête vers lui.

     Tristan eut un large sourire.

     — Moi aussi, Laura, dit-il. Vous savez… on pourrait… dîner ensemble plus souvent… qu’en dites-vous ?

     Baissant les yeux pour masquer sa timidité et la peur de la réponse, il ajouta :

     — Enfin, si vous… vous êtes d’accord.

     — Évidemment que je suis d’accord, bien au contraire ! affirma Laura pour son plus grand plaisir. Oh, mon dieu, déjà ? ajouta-t-elle en jetant un coup d’œil à sa montre. Je crois qu’il est temps que je rentre.

     Tristan aurait pu être déçu si l’euphorie de cette charmante soirée ne l’avait pas rendu aussi joyeux. Aussitôt, il proposa de raccompagner Laura, qui ne se fit pas prier pour accepter tant elle avait envie de rester encore un peu en compagnie de l’écrivain.

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     Lorsqu’ils arrivèrent devant la maison de Laura, tout était éteint, indiquant que les jumeaux étaient plongés dans leurs rêves. Elle se retourna alors vers Tristan et, le cœur tiraillé par la séparation, elle souffla :

     — Merci beaucoup de m’avoir raccompagnée, c’était très aimable de votre part.

     — Il aurait été idiot de vous laisser rentrer seule, bafouilla le rouquin en rougissant. Je veux dire… la nuit… on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Les rues ne sont pas très sûres.

     Ces quelques mots prononcés à voix basse firent naître un large sourire sur les fines lèvres de Laura.

     — Vous êtes adorable, murmura-t-elle, sincère.

     Un silence tomba en douceur sur leurs épaules. La femme eut un imperceptible soupir et son visage s’attrista à l’idée de devoir rentrer chez elle, chose dont elle n’avait guère envie. Elle se sentait si bien avec cet homme qu’elle aurait aimé rester près de lui.

     — Bien, je crois… je crois qu’il est temps que j’aille me coucher, souffla-t-elle à contrecœur.

     Tristan aurait voulu répondre, mais sa gorge s’était de nouveau nouée, aussi Laura profita-t-elle de son mutisme pour ajouter :

     — Merci pour cette magnifique soirée. Bonne nuit Tristan.

     — Bonne… bonne nuit, Laura…

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     Le cœur alourdi de devoir quitter l’écrivain, Laura monta les quelques marches menant à la porte d’entrée lorsque la voix de Tristan la retint.

     — Laura, attendez !

     Elle s’arrêta dans son geste, se retourna et le regarda venir jusqu’à elle, timide mais déterminé. Elle n’eut pas le temps de réagir – l’avait-elle vraiment voulu, d’ailleurs ? Il s’approcha d’elle, lui souleva délicatement le menton et planta ses yeux dans les siens, le souffle court, le cœur battant comme un fou.

     — Tristan, je…, commença Laura.

     Mais elle se tut, consciente qu’elle avait autant envie que lui de l’embrasser. Alors elle ferma les yeux et frissonna lorsque les lèvres de l’écrivain se posèrent délicatement sur les siennes, en un baiser tendre et sincère. Ce soir, et pour la première fois depuis longtemps, elle allait rêver de l’homme qu’elle aimait.

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     Le ciel s’était assombri en cette nouvelle matinée, et la pluie commençait à tomber, froide, parfait reflet de l’humeur de Lévy lorsque ses yeux se posèrent sur Esteban qui venait d’arriver au lycée, les cheveux trempés.

     — Regarde donc qui voilà, marmonna-t-il en désigna le garçon blond d’un geste peu discret.

     Martin tourna légèrement la tête, regardant par-dessus son épaule, et soupira :

     — Lévy, c’est bon, arrête. J’en ai marre de supporter tes sautes d’humeurs depuis cette fichue soirée.

     — Remercie ce petit con qui me met les nerfs en pelote chaque fois que je le vois, réagit son frère dans un grondement. Je reviens, j’ai deux mots à lui dire.

     — Oh, Lèv’, s’il te plaît ! le supplia Martin. C’est bon, laisse tomber.

     Il voulut le retenir par le bras, mais son jumeau était déjà planté devant Esteban qu’il fusillait du regard.

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     — Salut Lévy, fit le blondinet sans se douter un seul instant de la rage que l’autre éprouvait pour lui.

     — Tu oses me saluer après tout ce qui s’est passé ? grogna le jumeau, les poings serrés. T’as un sacré culot, toi !

     Esteban ouvrit de grands yeux surpris. Visiblement, il ne comprenait pas ce à quoi il faisait allusion.

     — Attends, je pige pas, fit-il, perdu. Qu’est-ce qui se passe ? J’ai fait quelque chose de mal ?

     — Tu te fous de moi, blondinet ? ragea Lévy, un ton plus haut. T’as pas encore capté que cette fille était pas pour toi ?

     Esteban se renfrogna, cherchant à comprendre pourquoi Lévy était si remonté. Il ressassa ses souvenirs, sans pour autant y trouver quelque chose d’intéressant, puis un éclair se fit dans son esprit.

     — Attends, t’es en train de me parler de Lana, c’est ça ?

     — Vas-y, continue à faire l’innocent, débile !

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     — Écoute, je sais pas ce qui t’arrive mais tu ferais mieux de te calmer ! s’emporta Esteban. Et je comprends rien à ce que tu me racontes !

     — Oh si, tu comprends parfaitement bien, renchérit Lévy, ses yeux gris lançant des éclairs furieux.

     Il s’approcha d’un pas, décroisa les bras et serra les poings dans un geste menaçant. Esteban ne recula pas, bien au contraire. Ce garçon était déterminé à ne pas se laisser faire mais il ne put s’empêcher de retenir un frisson lorsque Lévy siffla entre ses dents :

     — Si jamais tu t’approches encore d’elle, je te jure que je t’explose, c’est clair ?

     — Essaye un peu, pour voir, le défia Esteban.

     Lévy saisit la provocation au vol et attrapa le nouveau au col de sa chemise en rugissant :

     — Toi, tu vas pas faire long feu ici, c’est moi qui te le dis !

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     Atterrée, j’avais regardé le spectacle sans réagir et je préférai me détourner à l’instant même où ils en venaient aux mains, continuant de s’insulter sans prendre garde que toute l’école les entendait. Je n’arrivais pas à croire ce qu’ils venaient de se dire, tout comme j’avais du mal à digérer la violente colère qui s’était emparée de Lévy. Tout ça pour quoi ? Tout ça à cause de qui ? De moi… C’était ma faute s’ils se battaient, c’est moi qui avait semé la discorde entre eux, et ce sans même le vouloir.

     — Bon sang, Lana ! Regarde derrière toi ! me fit soudain Diva, les yeux écarquillés. J’y crois pas, ils sont en train de taper dessus !

     Je ne pus rester insensible plus longtemps à ce qui passait dans mon dos, aussi craquai-je et me retournai-je, le cœur serré de les entendre s’injurier. J’en avais presque les larmes aux yeux. Dire que c’était à cause de moi que les deux garçons en étaient arrivés là… Lévy était jaloux, et Esteban déterminé à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

     Je voulus crier, me mettre entre eux pour les arrêter mais mon corps était tétanisé, mes jambes refusaient de m’obéir. Alors, comme tous les autres, je ne pus qu’être spectatrice de la bataille.

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     Lévy tenait Esteban par le cou, serrant aussi fort qu’il le pouvait avec la ferme intention de lui faire aussi mal que possible. Malgré les injonctions répétées de Martin qui lui hurlait d’arrêter, le jumeau ne lâcha pas prise et alla jusqu’à lancer son poing dans les côtes du blondinet.

     J’étais terrorisée, non pas parce que j’assistais à une bagarre que je jugeais grotesque, mais parce que je voyais Esteban plier de plus en plus sous les coups de Lévy dont la rage décuplait les forces. L’espace d’une seconde, je vis la lèvre en sang du nouveau, juste avant que le jumeau ne se jette à nouveau sur lui. Cette fois, c’en fut trop. Je criai de toutes mes forces :

     — ARRETEZ !

     Ce fut comme si une sonnette d’alarme venait de retentir. Les deux garçons se figèrent et me regardèrent, les yeux écarquillés. Je les foudroyai tous les deux du regard et j’aperçus celui de Lévy se diriger vers mes poings serrés et tremblants.

     — Lana…, commença-t-il.

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     Il n’eut pas le temps de poursuivre qu’une grosse voix tonna :

     — Mais qu’est-ce qui se passe, ici ?

     Monsieur Reyse s’avança et contempla la scène qui s’offrait à lui, effaré. D’un revers de la main, Esteban essuyait le sang qui perlait de sa lèvre fendue cependant que Lévy, aussi droit et fier qu’à l’accoutumée, réajustait tranquillement sa chemise comme si rien ne s’était déroulé.

     — Monsieur Arker, peut-être pourriez-vous m’expliquer la raison de ce chahut ? reprit le professeur en dardant son regard sur Lévy.

     Ce dernier se fendit d’un sourire qui n’avait rien de feint et répliqua le plus naturellement du monde :

     — On discutait simplement, monsieur.

     Reyse était perplexe, néanmoins il n’insista pas mais ordonna :

     — Tout le monde en cours, dépêchez-vous. Et si j’en vois un qui chahute, il passera le reste de la journée en retenue.

     Puis il tourna les talons et entra dans la classe, suivi par les autres élèves. Lorsque Lévy passa près d’Esteban pour rejoindre sa place, je l’entendis murmurer :

     — Fais gaffe à toi, le prof ne sera pas toujours là pour te sauver les miches.

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     Toute la journée, l’ambiance était lourde dans les classes. La tension qui régnait entre les deux ennemis se ressentait jusque dans les moindres recoins du bahut. A la fin des cours, je vis Lévy se précipiter dehors, comme soulagé de quitter les lieux. D’un bond, je le rattrapai et lui lançai :

     — Oh, attends un peu, j’ai à te parler !

     Il se retourna, l’air agacé, mais me laissa néanmoins continuer.

     — Mais t’es vraiment stupide ou tu le fais exprès ? le morigénai-je. Qu’est-ce qui t’a pris, tout à l’heure ? Pourquoi tu t’es jeté sur Esteban ?

     — Il m’avait cherché, répliqua Lévy, dédaigneux.

     — Arrête de raconter n’importe quoi ! Il ne t’avait rien fait mais tu l’as quand même passer à tabac en le traitant de tous les noms !

     Lévy vrilla son regard dans le mien, et pour la première fois je parvins à le soutenir sans défaillir.

     — Parce que tu défends ce petit con, maintenant ? cracha-t-il. Tsss, les gonzesses sont toutes les mêmes.

     — Pardon ? m’étonnai-je. Qu’est-ce que tu insinues ?

     — Rien, laisse tomber.

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     Il tourna les talons et commença à partir mais je l’attrapai par le bras pour le retenir encore une fois. Je n’en avais pas fini avec lui. Je voulais une explication, et j’allais l’avoir.

     — Je sais pas ce qui se passe mais tu n’es plus le même depuis cette satanée soirée ! lâchai-je d’un ton dur. Tu me traites comme une catin, tu tabasses Esteban… Mais bon Dieu, qu’est-ce qui t’arrive ?

     Il se rapprocha de moi et dans ses yeux gris, je vis sa colère remonter à la surface.

     — Tu veux savoir ce qui m’arrive ? siffla-t-il. Tu tiens vraiment à le savoir ?

     J’ouvris la bouche pour confirmer mais il ne me laissa pas le temps de prononcer un mot qu’il reprit, un ton plus haut :

     — Il y a que ce petit crétin se croit tout permis depuis qu’il a débarqué ici ! Ouais, il est beau, il est gentil, et tout ça… tout ce qu’il faut pour qu’une fille tombe dans ses filets. Je connais ce genre de mecs ; ils jouent les timides pour attendrir leurs proies qui ne voient rien arriver ! Mais là, tu vois, je vais pas le laisser faire, et surtout pas avec toi !

     — Attends deux secondes ! le coupai-je, en proie à une violente perplexité. Tu réagis comme ça parce que… parce qu’il m’a draguée hier ? C’est ça ? T’es complètement dingue !

     Le simple fait d’entendre ses mots fit monter Lévy sur ses grands chevaux.

     — Tu sais quoi ? ragea-t-il. J’en ai rien à battre de ce que tu penses. T’es assez grande pour prendre tes décisions toi-même. Mais ne viens surtout pas me dire que je t’avais pas prévenue.

     Et sur ces paroles à la fois dures et étrangement révélatrices, il me planta là et disparut à l’angle de la rue.

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